Felix Sabal LECCO : le “Parrain Politique” de l’Est Dernier survivant du trio Ahidjo / Muna / Sabal.

Felix Sabal LECCO : le “Parrain Politique” de l’Est Dernier survivant du trio Ahidjo / Muna / Sabal.

Lorsque Félix Sabal Lecco a été nommé en 1992 Président du Conseil national de la communication (Cnc), quadragénaires et quinquagénaires ont écarquillé les yeux avec étonnement. “Vit-il encore ?” “Est-il encore aux affaires ?” s’interrogeaient les uns et les autres. Avec raison. Car l’homme avait roulé sa bosse. Mais ne semblait pas s’user.

Né en 1920 à Lena dans le département du Lom-et-Djerem, région de l’Est.
Ses études primaires à l’Ecole Publique de Bertoua et de Doumé sont couronnées par le CEPE. Ensuite il poursuit ses études primaires supérieures à Yaoundé, où il obtient le diplôme de sortie, avant de poursuivre plus tard ses études supérieures à l’IHEOM (Institut des hautes Etudes d’Outre-Mer) de paris.

Il commence sa vie professionnelle dans l’enseignement comme Instituteur Adjoint, puis instituteur de 1937 à 1959. Pendant cette période, il occupe plusieurs postes de responsabilité : Directeur d’école, Chef du Bureau des examens au Ministère de l’Education Nationale et Chef de cabinet du Ministre du Travail et des lois Sociales.

Cet instituteur qui a eu la présence d’esprit de changer de corps de métier à la veille de l’indépendance pour entrer dans la caste des administrateurs civils avait du flair. De 1960, il sera aux avant-postes de l’action de mise en place du régime du président Ahmadou Ahidjo. Il ne le fera pas moins pour Paul Biya. Les relations entre Ahidjo et Sabal Lecco ne se sont pas faites au hasard de la collaboration professionnelle.

Félix Sabal Lecco fait partie des anciens diplômés de l’Ecole supérieure de Yaoundé d’où il est sorti en 1939. Soit deux ans avant Ahmadou. Dans la cuvée de Sabal Lecco, se retrouvent des personnalités telles Mohamadou Abdul Baghi (Nord), André Fouda Omgba et Jean-Faustin Betayéné du Centre, Daniel Kemajou de l’Ouest, Marcel Marigoh-Mboua et Félix Sabal Lecco de l’Est.

Il commence sa vie professionnelle dans l’enseignement comme Instituteur Adjoint, puis instituteur de 1937 à 1959. Pendant cette période, il occupe plusieurs postes de responsabilité : Directeur d’école, Chef du Bureau des examens au Ministère de l’Education Nationale et Chef de cabinet du Ministre du Travail et des lois Sociales.
En 1959, il entame la carrière d’administrateur, en qualité de secrétaire d’Administration, puis Administrateur Civil. Il sera ainsi 1er Adjoint préfectoral, préfet du département du Lom et KadéÏ (1960-1963), préfet du département du Dja-et –Lobo (4 mars 1963-juillet 1964), préfet du département du Moungo (juillet 1964-septembre 1965), Inspecteur Fédéral de l’Administration pour le Littoral et préfet du département du Wouri (septembre 1965-septembre 1969) et secrétaire d’Etat au Développement Rural (septembre 1969 –juin 1970). De juin 1970 à juin 1972, il est Ministre de la Justice Garde des sceaux ; et du 3 juillet 1972 au 7 juin 1974, il est Ministre de la Fonction Publique.

En 1990 ce dernier est le rescapé de tous ces condisciples qui auront joué à différents niveaux un rôle prépondérant dans la vie politique nationale avant et après l’indépendance. D’aucuns l’ont connu comme préfet du Moungo, puis inspecteur fédéral d’administration (gouverneur) pour le Littoral où il a eu la main particulièrement lourde dans la répression féroce contre les “hors la loi” de tout bord. Le kidnapping de Ernest Ouandié à Mbanga, suivi de l’arrestation de Mgr Ndongmo, l’évêque de Nkongsamba en 1970 n’ont pas de secret pour cet homme qui était déjà promu ministre de la Justice. C’est quand il occupait ce poste que les deux hommes ont été jugés et condamnés.

Lorsque Ahmadou Ahidjo remet le pouvoir à Paul Biya en 1982, Sabal Lecco qui n’est plus au gouvernement inaugure néanmoins les chrysanthèmes à la tête du Conseil économique et social, auréolé du titre de membre du bureau politique et secrétaire politique de l’Union nationale camerounaise (Unc), parti unique au pouvoir.

Il sera de ceux qui ont vécu en direct l’alpha et l’oméga de la brouille entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya dont il sera l’un des précieux soutiens.

Lorsque des dignitaires de l’Unc élaborent et font circuler un texte demandant la convocation d’un congrès extraordinaire du parti qui démettra le président Ahidjo toujours président national du parti, c’est Félix Sabal Lecco qui occupe toujours les fonctions de secrétaire politique. Deux ans plus tard, le Rdpc naît des cendres de l’Unc à Bamenda. Le dinosaure blanchit sous le harnais sans s’écrouler. Il reste au bureau politique tout en conservant des relations privilégiées avec Paul Biya à qui il témoigne à la fois une amitié et une fidélité sans faille. Des raisons suffisantes entre autres, pour que malgré son âge avancé, Paul Biya fasse appel à lui pour présider aux destinées du Conseil national de la communication créé en 1990.

Ceux qui ont connu cet homme dans sa longue carrière administrative savent que Félix Sabal Lecco est placé au Cnc comme “le garde-chiourme”, surveillant des médias et de ses acteurs.
On garde de lui le souvenir d’un “conservateur pur et dur, intraitable quand fallait mettre la presse au pas”.
Il nous souvient que préfet du Moungo dans les années 60, il a ordonné une série de saisies et interdictions intempestives contre l’Essor des jeunes. Inspecteur fédéral à Douala, La presse du Cameroun et les rares feuilles qui paraissaient à l’époque avaient du mal à s’épanouir avec cet homme pour qui la presse apparaissait comme un ennemi juré qui n’avait pas de place dans un “jeune” pays.

Ceux qui travaillaient avec lui dans le Cnc avaient autant de respect pour le “vieux” que de mal à lui faire avaler la pilule amère de la liberté d’expression. C’est pourtant à lui que revenait la charge de baliser le chemin qui demeure la piste d’une course d’obstacles pour les hommes de média.

Le 23 octobre 2010, à Yaoundé. Après une vie riche, une carrière administrative et politique sans heurts, le “Parrain politique” de l’Est a quitté ce monde, à un âge respectable : 91 ans. Dernier survivant du trio qu’il formait avec Ahmadou Ahidjo et Salomon Tandeng Muna.

Il aura survécu à toutes les péripéties politiques camerounaises, dû sans doute à son sens politique et sa connaissance des hommes et des rouages de l’administration et de la politique camerounaise.

Le nom Sabal-Lecco résonne plus fort aujourd’hui dans le domaine des arts. Ses enfants Armand et Félix, respectivement Drummer et Bassiste de renommée internationale et Marie, la peintre dont les vernissages sont courus dans la capitale française.

Sources

Le Messager 25 Octobre 2010

camerlexcom/sabal-lecco-felix-13285/

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